L’élevage et le zonage agro-climatique
Géraud Magrin

La répartition de l’élevage reflète en partie les gradients agro-climatiques. Les seuils sont définis par les ressources pastorales, les conditions sanitaires et la concurrence de l’agriculture : au nord de l’isohyète 400 mm, l’agriculture pluviale est trop risquée pour concurrencer l’élevage. Au sud de l’isohyète 800-900 mm, la trypanosomiase fragilise l’élevage. Mais ces limites ne sont pas absolues : races trypano-résistantes et défrichements élargissent l’espace pastoral au Sud, quand reprise des pluies et pression démographique orientent le front agricole vers le Ferlo. La vallée allochtone du Sénégal a polarisé de tous temps des troupeaux sans lien avec la pluviométrie locale.

Un agriculteur avec son attelage vers Koungheul

Village vers Koungheul, Bassin arachidier (nov. 2007)

Troupeau vers Taredji

Forage de Mbidi, zone sylvo-pastorale (mars 2005)

L’élevage exploite des contextes très variés, avec (voir photos 1) ou sans (voir photos 2) parcellaire agricole, dans des bourgs ou des campements. Il est un élément constitutif de la vie rurale, mais les cheptels n’y ont ni la même importance ni la même fonction, et surtout ils ne subissent pas les mêmes contraintes d’accès aux ressources herbacées et hydriques. Le cheptel est partout un signe de richesse, pour un agriculteur comme pour un éleveur.

Le régime pluviométrique est très contrasté. Au nord, le volume moyen annuel des précipitations dépasse à peine 200 mm, dont près de 90 % se répartissent sur deux mois. Au sud-ouest, le volume moyen annuel des précipitations avoisine 1 500 mm. Le régime pluviométrique influence les possibilités agricoles et pastorales (présence d’eau en surface et dans les nappes phréatiques, ressources herbacées).

L’organisation de l’espace sénégalais oppose nettement l’Est vide à l’Ouest peuplé (90 % de la population à l’ouest d’une ligne Dagana-Kolda) et urbanisé, mais aussi la presqu’île du Cap-Vert (30 % de la population sur 3 % de la superficie). L’élevage s’y adapte : il est dans l’ensemble plutôt pastoral à l’est, sédentaire et intensif à l’ouest.

Le gradient ouest-est renvoie à l’histoire de l’aménagement du territoire national au rythme de l’extension et du déplacement du bassin arachidier. L’arachide a longtemps été le moteur de l’économie sénégalaise. Si le système est depuis près de trente ans en difficulté, un front agricole s’étend depuis plus de vingt ans dans la zone sylvo-pastorale. Il s’accompagne de tensions foncières, mais aussi de complémentarités entre agriculteurs et éleveurs.

Gare de Rufisque : les arachides prêtes pour l’embarquement. Carte postale ancienne (années 1930 ?)

Pour en savoir plus :

Magrin G., 2009, « Dynamiques territoriales et place de l’élevage au Sénégal », Documents de travail Icare, Série Notes de synthèse – n°2, Cirad, Montpellier, 22 p.

Ndiaye P. (dir.), 2007, Atlas du Sénégal, les Éditions Jeune Afrique, 84 p.