Des tentatives pour territorialiser l’élevage
Olivier Ninot

L’assignation de l’élevage au sein de territoires délimités est considérée comme un enjeu majeur d’aménagement du territoire (afin d’éviter notamment les conflits d’usages avec les espaces agricoles et les espaces protégés) et de gestion sectorielle (on parle souvent de « sécurisation » de l’accès aux ressources). Plusieurs projets de développement s’y consacrent. La définition de ces territoires est difficile car elle s’appuie sur des réalités mouvantes dans le temps et sensibles aux accidents climatiques : localisation du cheptel, des ressources pastorales (eau, pâturages) et des marchés. Une contradiction fondamentale apparaît ainsi entre l’essence même de l’élevage pastoral qu’est la mobilité, et le projet de le fixer au sein de limites territoriales.

Deux grands projets furent initiés dans le Ferlo : le Projet de développement de l’élevage au Sénégal oriental (PDESO) et la Société de développement de l’élevage dans la zone sylvo-pastorale (Sodesp). La Sodesp voulait commercialiser le bétail dans les années 1970, suivant une stratification des productions animales (zones de naissage en zone sylvo-pastorale, de réélevage en zone agro-pastorale et d’embouche à proximité des foyers urbains).

Dans les années 1980, le Sénégal, comme les autres pays d’Afrique, fut touché par les plans d’ajustement structurel. Les grands projets d’État furent remplacés par d’autres programmes moins ambitieux. Ces projets avaient pour objectif de sédentariser les pasteurs, comme par exemple le projet de la GTZ à Windou Thiengoly, en aménageant des périmètres pastoraux reliés au forage par des conduites d’eau.

 

À la fin des années 1980, des réserves sylvo-pastorales furent créées pour garantir des espaces à l’élevage. Cependant, l’expansion des défrichements agricoles au centre-est du Sénégal et la remontée du front arachidier vers la zone sylvo-pastorale conduisirent au déclassement de superficies parfois importantes (Déaly, Boulal, Mbeggé, etc.) au profit des exploitants agricoles. La pression foncière demeure un enjeu du XXIe siècle pour les éleveurs.

Pare-feux et forage dans le ranch de Doli

Pour en savoir plus :

Touré O., 1990, Ngaynaaka majji : la perte des pratiques pastorales dans le Ferlo (Nord Sénégal), IIED, dossier n°22, 25 p.