Les importations laitières au Sénégal
Géraud Magrin

Autant que le riz, le lait reflète le modèle importateur adopté par le Sénégal. Les importations couvrent les deux tiers de la consommation nationale. La production rurale étant largement autoconsommée, les importations fournissent l’essentiel de la demande urbaine. Celle-ci a connu une augmentation rapide, ces dernières années, du fait de la croissance des villes et de l’émergence de nouvelles formes de consommation. La dépendance a ses revers, soulignés par la dévaluation du Fcfa ou la hausse des prix de 2008, mais l’importation et le conditionnement du lait en poudre animent une filière dynamique de transformateurs et de commerçants.

Les importateurs sont parmi les acteurs les plus puissants (du point de vue organisationnel et financier) de la filière laitière au Sénégal. Ces entreprises fournissent des centaines d’emplois et offrent d’importantes recettes fiscales pour l’État. Le rôle des PME laitières est d’importer la poudre de lait en vrac, de la reconditionner dans des sachets en y ajoutant de la matière grasse animale ou végétale, ce qui imprime une marque locale.

Certaines entreprises reconstituent le lait en poudre en lait concentré, en lait caillé ou en yaourt avant de procéder à la distribution. Le lait en poudre importé représente 88% des importations laitières en 2004. Beurre, yaourt, lait concentré et stérilisé forment le reste.

Mais les importations de produits laitiers contri­buent à 15 % du déficit commercial du Sénégal. Ce n’est qu’avec les quotas laitiers européens et la dévaluation du Fcfa (en 1994) que le Sénégal s‘est intéressé au développement d’une filière de lait local. Celle-ci se développe petit à petit mais pâtit du bas niveau des prix lié aux importations.

Le Sénégal est devenu un grand importateur de produits laitiers depuis la fin des années 1970. La France et l’Union européenne ont été jusque dans les années 2000 les principaux fournisseurs, avec 75 à 90 % des importations.

La production mondiale de lait est estimée en 2007 à 650 millions de tonnes. Le premier bassin laitier dans le monde est l’Europe (Union européenne et Europe de l’Est) avec un peu moins de 210 millions de tonnes de lait, soit près d’1/3 de la production mondiale. Viennent ensuite l’Inde (15 %), l’Amérique du Nord (15 %), le reste de l’Asie et l’Amérique Latine. Selon les estimations, l’Afrique ne contribue qu’à 3 % de la production mondiale.

Le marché sénégalais a été très convoité ces dix dernières années. Les importations ont augmenté de 150 % entre 1999 et 2007. L’offre de produits importés sur le marché est en augmentation, avec un plus grand nombre de marques car le réseau d’importateurs s’est diversifié.

Le piège de la hausse des prix de 2007

La hausse des prix mondiaux du lait en 2007 aurait pu être une opportunité pour la filière locale au Sénégal. Cependant, afin de limiter la hausse du prix sur le marché intérieur, le gouvernement a mis en place des mesures d’exonération fiscale du lait en poudre importé. L’État s’est ainsi privé de recettes publiques afin de conserver une fragile paix sociale. Dans le même temps, la baisse de la TVA a nui à la compétitivité de la filière laitière locale face aux importations. Pour atténuer ces effets négatifs, le ministre de l’élevage a élaboré à un programme national de relance de la filière laitière qui se concrétisa, fin 2008, par un « volet élevage » dans la Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l'Abondance (Goana). Mais celle-ci a une portée encore limitée.

Sachet et boîte de lait en poudre importé et conditionné au Sénégal

Publicité pour Bridel à Ngor (Dakar)

Pour en savoir plus :

Duteurtre G., Dieye P.N., Dia D., 2005, Ouverture des frontières et développement agricole dans les pays de l’UEMOA : l’impact des importations de volailles et de produits laitiers sur la production locale au Sénégal, Dakar, ISRA, Études et Documents, vol. 8 n° 1, 70 p.