Lait en poudre, lait de collecte : concurrence et complémentarités

<img  src="http://www.prodig-atlas.cnrs.fr/atlas1/wp-content/uploads/2016/09/chapitre3.png"  width="275" height="30"  align="right"/><br>Lait en poudre, lait de collecte : concurrence et complémentarités

Le lait a ceci de spécifique qu’il est un produit fragile et périssable. Sa collecte, son traitement, son conditionnement, sa distribution et sa commercialisation finale exi­gent rapidité, hygiène et maîtrise du froid. La production locale sénégalaise ne peut que rarement répondre à ces exigences. Elle est par ailleurs caractérisée par une forte saisonnalité : relativement régulière en saison des pluies, la production ralentit voire s’arrête pour la plupart des unités laitières en saison sèche. Les quantités de lait frais produites localement sont donc faibles (de l’ordre de 100 à 150 millions de litres selon les années) et ne couvrent qu’une partie (entre un tiers et la moitié) des besoins, principalement sur le mode de l’autoconsommation. Estimées entre 200 et 250 millions de litres équivalent-lait, dont près de 80 % de lait en poudre, les importations subviennent à la majeure partie de la consommation urbaine.

Sous le terme de poudre de lait sont rassemblés des produits de qualité et d’origine diverses, dont les importations soulèvent des problèmes à la fois d’ordre politique, économique et social. D’un côté, les importations de poudre garantissent l’accès pour toute la population à des produits laitiers à très bas prix ; d’un autre côté, les importations pénaliseraient les filières locales qui peinent à se développer. En­fin, en dépit d’un régime douanier spécifique adapté à ce produit sensible, les recettes fiscales associées aux importations de poudre restent particulièrement élevées (supérieures à 11 milliards de Fcfa au cours des années 2000, avant la hausse des cours mondiaux de 2007) et pèsent dans l’équilibre budgétaire de l’État.

La politique douanière est souvent invoquée par les producteurs locaux comme le principal obstacle au développement des filières nationales, qui concernent de petites unités laitières comme des unités de taille et de capacité industrielle. Mais les filières productives locales se heurtent à d’autres obstacles, comme la régularité des approvisionnements. La vente du lait reste une activité accessoire, souvent réservée aux femmes ; elle n’est jamais la principale justification d’un élevage bovin. La mobilité saisonnière des troupeaux interrompt les approvisionnements des petites unités laitières du nord du pays. L’alimentation du bétail en saison sèche est en effet l’un des principaux goulets d’étranglement à l’intensification de l’élevage, qu’il ait une vocation bouchère ou laitière. Les compléments alimentaires sont coûteux et ne peuvent, au moins dans le Ferlo, être fournis par une agriculture locale qui ne produit que peu de résidus valorisables par les éleveurs.

L’avenir des filières locales passe certainement par une régularisation de la collecte et par des améliorations techniques (dont la maîtrise du froid) garantes d’une meilleure intégration marchande. Le lait frais et les produits qui en sont tirés (yaourt, crème, etc.) sont bien identifiés mais correspondent à un marché « haut de gamme » dont les capacités de développement semblent limitées. L’apport de lait local dans des produits à base de lait en poudre importés, compromis entre qualité et prix, est sans doute une autre voie, moins exclusive et plus porteuse, pour le développement des filières locales.

Olivier Ninot