La tabaski, géographie de la fête du mouton
Olivier Ninot

L’Aïd el-Kabir, ou Tabaski, est une fête religieuse centrée sur le sacrifice d’un bélier. En 2008 et en 2009, environ 670 000 moutons furent sacrifiés chaque année, dont 230 000 dans la seule région de Dakar, soit un tiers des sacrifices, alors que l’agglomération ne regroupe qu’un quart de la population totale du pays. L’approvisionnement de la capitale met à l’épreuve les systèmes de production nationaux et internationaux (environ 1/3 des moutons sont importés du Mali et de Mauritanie) ainsi qu’un élevage urbain spécifique embryonnaire.

La zone sylvo-pastorale fournit près de 50 % des moutons de Tabaski. Ces dernières années, le gouver­nement sénégalais a favorisé l’importation d’animaux en provenance du Mali, qui fournit un tiers des moutons consommés au Sénégal pour la fête. Enfin, la contribution de la Mauritanie à l’approvisionnement du pays (moins de 7 % des moutons de Tabaski) est probablement sous-estimée. En effet, les éleveurs mauritaniens conduisent leurs troupeaux au Mali pour les acheminer par la suite au Sénégal.

Le transport des animaux est, à cette période, un élément crucial. Les prix de transport passent du simple au double. Camions, voitures et voie ferrée sont utilisés pour rejoindre la capitale du Sénégal. Certains marchés grossissent en période de Tabaski, comme Birkelane, au carrefour des routes allant à Thiès, à Mbour et en Gambie.

La Tabaski est un moment particulier pendant lequel les animaux entrent massivement en ville. Les éleveurs viennent eux-mêmes à Dakar vendre leurs moutons. Toute une organisation se met en place à ce moment-là pour transformer la ville en une vaste bergerie.

Le nombre de points de vente autorisés (simplement contrôlés) ou normalisés (équipés de commodités) a significativement augmenté depuis 10 ans. On en comptait une quinzaine en moyenne dans les années 1990, puis 26 en moyenne sur la période 2000-2005, puis 46 en 2006 et 38 en 2007. Cette évolution manifeste la volonté des autorités de contrôler, de sécuriser et d’assurer un minimum de suivi sanitaire dans le plus de points de vente possible.

Éleveurs mauritaniens vers Tambacounda venus pour la Tabaski

Marché de moutons de Tabaski à Khombole, région de Thiès

Un point de vente normalisé à Dakar

Pour en savoir plus :

Ninot O., 2010, « Des moutons pour la fête. L’approvisionnement de Dakar en mouton de Tabaski », Les Cahiers d ’Outre Mer, n°249, pp. 141-164.