La collecte de la Laiterie du Berger
Jean-Daniel Cesaro

La vallée du fleuve Sénégal a connu d’importantes mutations au XXe siècle. Les aménagements hydrauliques et la riziculture ont profondément modifié la mise en valeur agricole et pastorale du lit du fleuve. L’élevage a été le grand oublié des politiques de développement malgré le potentiel laitier associé à la présence permanente de l’eau et à la qualité des pâturages de décrue et post-récoltes. Après la création de quelques petites unités laitières artisanales au cours des années 1990-2000, une laiterie industrielle importante a commencé à collecter en 2006 dans l’arrière-pays de Richard-Toll. Elle collecte auprès de 250 chefs de familles aussi bien le long du fleuve (Waalo) que dans l’intérieur des terres (Diéri) dans un rayon de 35 kilomètres. La production journalière est estimée à 2 000 litres en saison humide. Pour maintenir les éleveurs dans la zone de collecte en saison sèche, la laiterie accorde des crédits en aliment de bétail, deux fois moins chers que sur le marché. Elle cherche ainsi à développer le troupeau de case de saison sèche.

Pour rentabiliser la distance parcourue par les voitures de collecte, des regroupements d’éleveurs ont été encouragés par la laiterie. Certains éle­veurs fournissent ensemble leur lait dans un même bidon. D’autres, trop éloignés des circuits, parcourent trois à six kilomètres pour atteindre un point de collecte. Au-delà, le gain par rapport au temps demandé ne semble plus intéresser les éleveurs.

Collecter dans le Diéri en saison sèche suppose que la Laiterie du Berger soit réactivte et souple pour réorganiser en permanence les circuits en fonction des déplacements des éleveurs. La proximité du lac de Guiers est un atout en période de panne générale de forage, comme en avril 2009 lorsque les fournisseurs du circuit d’Alassanne (à l’ouest) ont abreuvé les trou­peaux au lac pour rester collectés. Les parcours post-récoltes autour du forage de Diaglé for­ment aussi une réserve herbacée importante, que certains pasteurs utilisent pour continuer à être collectés. Les pasteurs du circuit de Mouda (à l’est) ont été nombreux à partir rapidement vers le sud. Les circuits ont alors été allongés de sept kilomètres pour collecter ces éleveurs transhumants et maintenir un certain niveau de production. Cela montre que les éleveurs comme la Laiterie du Berger peuvent s’adapter à certains aléas.

Un collecteur note dans un cahier les quantités collectées

Pour en savoir plus :

Cesaro J.D., 2009, Mobilité pastorale et accès aux marchés : le cas des éleveurs du forage de Niassanté, mémoire de Master 1, Université Paris 1/CIRAD, 175 p.