Introduction

Introduction

L’élevage est omniprésent au Sénégal. Un habitant sur trois s’y adonne d’une manière ou d’une autre, dans la quasi-totalité des écosystèmes du pays. Il fournit environ le tiers de la richesse agricole nationale. Or, ce secteur traverse des bouleversements rapides, sous l’effet conjugué de mutations écologiques, de la croissance démographique, de l’urbanisation et de la libéralisation des marchés. Certains élevages sont fragilisés, alors que d’autres révèlent un formidable dynamisme.

Cet atlas a pour objectif de décrire ces évolutions de manière synthétique, afin d’éclairer ces transformations et d’en faciliter l’accompagnement. Il s’intéresse en particulier à l’élevage des ruminants – bovins, ovins et caprins –, qui joue un rôle majeur en zone rurale. Afin de rendre compte le mieux possible des évolutions actuelles, le présent recueil propose de croiser deux lectures : l’une, horizontale, aborde les dynamiques des espaces ruraux ; l’autre, verticale, interprète le fonctionnement des filières. Ces deux dimensions permettent de présenter une approche intégrée de ce secteur emblématique.

Pour une approche intégrée de l’élevage

La perspective horizontale décrit les évolutions des territoires dans lesquels s’enracinent les activités d’élevage (voir Les territoires de l'élevage). Ces transformations traduisent des modifications rapides du climat et des milieux naturels (Quel espace pour les éleveurs ? et L'élevage et le zonage agro-climatique), des mouvements d’animaux répondant aux contraintes écologiques, démographiques et économiques (Peut-on cartographier le cheptel national ?). Elles reflètent aussi l’histoire des politiques d’aménagement de l’espace pastoral (Des tentatives pour territorialiser l'élevage et Les unités pastorales). L’avenir incertain des « territoires de l’élevage » au Sénégal est ainsi lié à la fois aux règles locales d’accès au foncier et à une vision de l’aménagement rural dominée par l’ambition de mise en valeur agricole, dans le cadre d’une conception rigide des « vocations » régionales (Quel espace pour les éleveurs ?).

La dimension verticale renvoie aux relations marchandes dans lesquelles s’insèrent les éleveurs. Dans le domaine de la viande (voir Le commerce de bétail sur pied), des liens complexes s’organisent autour des circuits de commercialisation du bétail sur pied, mobilisant des réseaux commerçants (Les circuits nationaux de commercialisation), des marchés hebdomadaires (Le développement des marchés hebdomadaires) et certaines villes stratégiques (Dahra, capitale de l'élevage ?, Les circuits régionaux de commercialisation et Tambacounda, l'essor d'un carrefour de bétail). Ces circuits s’animent selon de fortes irrégularités saisonnières, dues au calendrier agricole et aux pics de consommation associés aux fêtes religieuses (La tabaski, géographie de la fête du mouton et Dakar, foyer de consommation du Sénégal). Ce commerce d’une grande importance économique contribue ainsi fortement à l’intégration des pasteurs au sein d’une société de plus en plus urbaine et d’une économie de marché de plus en plus mondialisée (Un capital en mouvement). Dans le domaine du commerce laitier (voir La filière lait, du global au local), les cartes présentées rendent compte d’une ouverture plus ancienne du marché domestique aux importations (Production nationale et unités laitières), ainsi que d’une dichotomie entre un élevage laitier périurbain semi-intensif et un élevage laitier rural extensif (Production nationale et unités laitières, Le bassin laitier autour de Kolda et Ce qui reste du lait à Dahra). La diversité des relations entre producteurs et agro-industries rurales participe du dynamisme des bassins laitiers (La collecte de la Laiterie du Berger et Du lait à la périphérie de Dakar). Au total, le devenir de l’élevage laitier au Sénégal dépendra en grande partie de la capacité des entreprises de collecte et de transformation à promouvoir des produits d’origine locale auprès des consommateurs urbains (Lait en poudre, lait de collecte).

Le croisement de ces lectures horizontales et verticales souligne la multifonctionnalité de l’animal au sein des systèmes paysans et la diversité des situations locales. L’élevage témoigne du métissage de la société sénégalaise, entre héritages et innovations, ruralité et urbanité, dynamiques locales et globales. Ainsi, une activité aussi protéiforme ne peut être embrassée que grâce à un regard multidisciplinaire. L’enjeu consiste ici à dépasser une vision uniquement technique (santé ou production animale) de ce secteur, pour en éclairer les mutations en tenant compte des logiques environnementales, sociales, économiques et géographiques qui les sous-tendent.

Un atlas pour renouveler l’image de l’élevage et éclairer la décision

Les documents proposés ici proviennent pour l’essentiel de recherches menées dans le cadre du projet Icare (2007-2009). Contre des idées reçues stigmatisant un élevage sahélien « traditionnel » réduit à une composante pastorale « contemplative », en marge de l’économie monétaire, nos recherches mettent l’accent sur la diversité des formes d’élevage et sur leur intégration croissante aux marchés. Elles soulignent cependant les contraintes – économiques ou relevant d’autres causes – qui président à ces changements, et la diversité des pressions qui s’exercent sur les sociétés d’éleveurs.

Cet atlas ambitionne de fournir à un large public concerné par les évolutions de ce secteur une vision claire de la diversité des dynamiques de l’élevage au Sénégal, de ses contraintes et de ses atouts. Il s’adresse en priorité aux élus nationaux ou locaux, aux agents de l’État, aux responsables d’organisations professionnelles ou de projets, aux chercheurs, aux étudiants. Pour ce faire, l’atlas valorise des données statistiques nationales ou sous-régionales ainsi que des enquêtes de terrain pour présenter des cartes à différentes échelles, permettant de varier les points d’observation et de comprendre les relations entre les différentes perspectives abordées. Ces données d’origines diverses ont été complétées par des photographies, des graphiques et des cartes schématiques, et commentées par de brèves notices.

Guillaume Duteurtre

Coordonnateur de l’ATP Icare