Dahra, capitale de l’élevage ?
Géraud Magrin

« Dahra, capitale de l’élevage », l’expression est fréquente parmi les acteurs de la filière de l’élevage. Il est vrai qu’elle polarise plus que tout autre marché des flux importants d’animaux du nord du Sénégal, de la Mauritanie et du Mali. Mais la ville fonctionne surtout comme un lieu de rupture de charge et de regroupement dans l’acheminement des animaux vers Dakar. Ses fonctions de commandement sur le secteur de l’élevage (marché, Centre de recherches zootechniques, mini-laiterie) sont limitées et n’ont qu’un rayonnement régional. Faute de développer des fonctions aval structurantes (abattage, transformation de la viande et du lait), elle restera une capitale de l’élevage incomplète et fragile, vulnérable à un changement des facteurs de la géographie commerciale.

D’un marché à l’autre, les bovins sont acheminés à pied par des convoyeurs (de 3 à 8, selon la taille du troupeau). Les déplacements se font surtout la nuit. Diourbel est la première destination des bovins vendus à Dahra, car ce marché se tient le mercredi, soit trois jours après celui de Dahra. Les bovins y sont revendus à d’autres intermédiaires, qui les achemineront à Thiès puis à Dakar. Ces marchés servent ainsi à transférer d’un vendeur à un autre le risque financier que représente un cheptel jusqu’à la finalisation de la vente.

Jusqu’à la fin des années 1960, Louga abritait le plus grand marché de bétail du Sénégal. À cette époque, les convoyages longeaient le lac de Guiers pour y faire abreuver le bétail. Certains acheminaient même les bovins jusqu’à Dakar et longeant la canalisation reliant le lac de Guiers à la capitale. L’ouverture des forages explique en partie le déplacement vers l’est du principal lieu de regroupement.

Cette réorientation tient aussi à l’essor de l’agglomération de Touba dans les années 1970 et à la densification du triangle Dakar-Thiès-Mbour. La ville de Dahra se situe à l’embranchement de deux routes : l’une menant à Louga et à Saint-Louis, l’autre passant par de multiples grands marchés comme Touba-Mbacké, Diourbel, Thiès, Dakar et d’autres plus petits. Par conséquent, la position de Dahra offre plus de possibilités pour les intermédiaires de la filière.

Le marché de Dahra, cœur économique de la ville, se tient le dimanche. Il devient, le temps d’une journée, un carrefour international de l’élevage. Mais le lundi, Dahra redevient un gros bourg au centre de la zone-sylvo-pastorale. Le marché des ovins/caprins est ouvert tous les jours de la semaine mais il est peu actif. La ville et les pouvoirs publics cherchent à développer l’économie de l’élevage hors du marché. Le nouvel abattoir de Dahra illustre ces velléités. Il existe en outre plusieurs laiteries qui collectent auprès des éleveurs aux abords de la ville. Le Centre de recherches zootechniques (Isra-CRZ), créé dans les années 1960 à l’est de la ville, y remplit une fonction scientifique et économique importante. De même, la radio Ferlo FM sert à informer les éleveurs de la région. Ces exemples montrent un certain dynamisme urbain lié à l’activité pastorale de la région.

Le daral bovin de Dahra

La radio des pasteurs à Dahra

Pour en savoir plus :

Vatin F., 2008, «Retour à Dahra : quelques notes sur le voyage et le développement», Revue du Mauss, n° 32, pp. 441-460.

Wane A., 2005, « Marchés de bétail du Ferlo (Sahel sénégalais) et comportements des ménages pastoraux », colloque Les institutions du développement durable des agricultures du Sud, 21 p.