Ce qui reste du lait à Dahra
Olivier Ninot

Au cœur du Ferlo, principal bassin de production bovine, Dahra présente des atouts importants pour le développement d’une filière laitière : proximité d’un cheptel nombreux et de grandes villes (Saint-Louis, Touba, Dakar) accessibles par des routes goudronnées. Pourtant, une première expérience, menée par Nestlé dans les années 1990, s’est soldée par un échec, l’unité laitière ne parvenant pas à régulariser les approvisionnements (tant en quantité qu’en qualité) auprès des éleveurs locaux. Trois autres unités sont aujourd’hui encore actives mais rencontrent les mêmes difficultés. Dahra symbolise ainsi tout le paradoxe de la filière lait sénégalaise qui ne parvient pas à se maintenir après le départ des agents extérieurs, malgré un potentiel certain.

La firme Nestlé a établi en 1991 un réseau de collecte de lait frais dans le Ferlo. Chaque centre était équipé d’un circuit de froid. Ces outils étaient placés à la sortie des chefs-lieux de communauté rurale et implantés en bordure des axes routiers. D’autres infrastructures de conservation temporaire se trouvaient dans des villages réputés grands producteurs de lait. Cependant, le lait n’était collecté qu’en saison humide et le prix était une source de tension entre les éleveurs et Nestlé. En 2002, Nestlé a revendu ses unités de transformation à des institutions et à des privés. Dès lors, les quantités collectées n’ont cessé de diminuer : 200 000 litres en 2003, 50 000 en 2004 et seulement 10 000 en 2005. Ces unités sont encore aujourd’hui en activité, au même niveau de production qu’en 2005.

D’autres unités laitières ont été créées récemment à Dahra : celle de l’ADID, de Hunger Project (association de femmes), ou encore celle de l’association pour le développement des éleveurs du Jolof (Bamtaare Aynaabe Jolof). Mais aucune ne parvient à assurer une production régulière en toutes saisons, ni à vendre plus de 100 litres de lait par jour. Toutes se heurtent à des difficultés d’approvisionnement et d’accès au marché. Surtout, ces unités laitières ont bénéficié de soutiens techniques et financiers d’ONG sans lesquelles leur pérennité n’est pas assurée. Dépendants de ces aides extérieures, les acteurs locaux de la filière de production laitière à Dahra ne semblent ainsi pas en mesure, aujourd’hui, de porter seuls son développement.

Panneau de l’ancien centre Nestlé à Dahra

Le véhicule réfrigéré de collecte de l’ADID

Pour en savoir plus :

Vatin F., 1996, Le lait et la raison marchande : essai de sociologie économique, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 205 p.