Peut-on cartographier le cheptel national ?
Olivier Ninot

La cartographie de l’élevage se heurte à plusieurs problèmes liés à l’absence d’un recensement national du cheptel, au silence entretenu par les éleveurs sur la taille des troupeaux, à la prise en compte de la mobilité des hommes et des animaux, à la complexe définition de territoires de l’élevage, à l’identification et à la localisation de ses ressources. Conscients des limites des données statistiques mais aussi de leur intérêt, nous nous sommes attachés à cartographier des indicateurs simples (le cheptel, le ratio population / animaux) à un échelon suffisamment grand (les départements) pour que les données utilisées permettent au territoire de révéler ses principaux contrastes.

Selon les estimations de la Direction de l’élevage (Direl), il y aurait un peu plus de 2 900 000 bovins sur le territoire sénégalais en 2005.

L’effectif de bovins par département donne un poids important à la zone sylvo-pastorale et renvoie aux deux gradients agro-climatiques et démographiques. Les effectifs bovins de la région de Matam sont sans doute sous-estimés, ce qui montre la difficulté de recenser un cheptel dans des régions reculées.

Le nombre de petits ruminants est, selon les estimations, 2,5 fois supérieur à celui des bovins, avec plus de 7 600 000 têtes. Il n’est pas possible de différencier ces deux espèces, dans la mesure où les données accessibles sont agrégées.

En considérant l’effectif des bovins par rapport à la superficie des départements, la représentation s’inverse. Les fortes concentrations se situent dans le bassin arachidier, les faibles au cœur du Ferlo.

Comme pour les bovins, les densités de petits ruminants sont plus élevées dans le bassin arachidier (à l’exception de Diourbel et de Bambey). Avec près de 300 ovins/caprins au km2, la région de Dakar montre l’intégration des petits ruminants dans la vie urbaine.

Un autre indicateur consiste à rapporter le nombre de bovins à la population du département. On distingue ainsi les départements où ces animaux sont plus nombreux que les hommes, ce qui désigne des régions spécialisées dans la vente.

Le Ferlo est bien représenté selon le ratio nombre d’ovins/caprins par habitant. Les petits ruminants sont pour les éleveurs une ressource financière aisément mobilisable.

L’opposition, selon les indices, entre le Bassin arachidier et le Ferlo, présente deux images différentes de l’élevage. La taille du cheptel de l’ouest est fortement liée à celle de la population, montrant une complémentarité de l’élevage avec l’activité agricole et son insertion dans l’espace urbain. Inversement, le cheptel de l’est est supérieur en nombre aux habitants de la zone sylvo-pastorale. Les stocks d’animaux pour la vente sont donc proportionnellement plus importants à l’Est qu’à l’Ouest.

Un éleveur et son troupeau vers Thiès

Chèvres et déchets urbains à Saint-Louis

Pour en savoir plus :

Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), Situation économique et sociale  (SES) des régions du Sénégal. http://www.ansd.sn/